Haut Moyen-Âge : Céramiques

Nicolas Prudhomme 11 août 2016 Commentaires fermés sur Haut Moyen-Âge : Céramiques
Haut Moyen-Âge : Céramiques

Le Haut Moyen-Âge – Ve à IXe siècle après J.C.

d

Une étude difficile


La documentation locale est assez disparate et inégale sur le territoire national ; il est donc difficile d’en établir une synthèse. Notons que cette documentation provient presque exclusivement de l’étude des nécropoles et que la disparition de la tradition du dépôt funéraire au VIIIe siècle rend l’étude encore plus complexe.

CONTENU

Grand vase caréné mérovingien avec décor par guillochis

Col de gobelet mérovingien

Vase caréné mérovingien

Gobelet lisse avec pied mérovingien

Gobelet caréné mérovingien

Cruche mérovingienne.

Jarre mérovingienne décorée à la molette

Vase caréné mérovingien

Pot globulaire carolingien

Verre mérovingien, Ve-VIe siècle.

f

Un recul technologique associé au développement d’un marché local


La fin de l’Antiquité (IVe – début Ve siècle) marque une période de renouvellement par un retour aux traditions gauloises parallèlement au maintien des traditions antiques qui va poser les bases du répertoire moyenâgeux.

Dans certaines régions, le retour aux traditions gauloises est accentué par l’influence germanique (par exemple les vases à pieds coniques creux, types d’origine celte, est repris notamment en Argonne à partir du IVe siècle). Ainsi, la France du Nord et la Belgique connaissent le développement d’un répertoire non tourné dû à des populations germaniques installées dans ces régions, fédérées à l’Empire Romain par des traités militaires et le versement de tributs.

Les grandes invasions de 406 entraînent une lente asphyxie du marché et de la consommation ; par conséquent, la production se tourne vers des marchés domestiques. Certaines grandes officines disparaissent à la fin du IVe siècle au profit d’ateliers plus petits et locaux. Les productions d’Argonne se perpétuent, perdant un peu en qualité (production de céramique en pâte rouge, forme de sigillée abâtardie au Ve siècle). Notons également l’existence des céramiques paléochrétiennes de bonne qualité, décorées, dérivées des sigillées claires qui se poursuit au-delà du Ve siècle. Les dérivées de sigillées paléochrétiennes dominent dans le répertoire de la vaisselle fine dans le sud, alors que ce sont les imitations d’Argonne qui sont majoritaires dans le nord à la fin du IVe siècle et au Ve siècle. Quelques grands centres émergent et continuent à produire et exporter des céramiques de qualité (cas des ateliers de potiers de l’Eifel produisant des céramiques granuleuses – fin IVe à VIIe siècle).

La raréfaction des grandes officines, le repli au marché domestique d’une grande partie de l’activité expliquent localement le recul technologique. Il en résulte, parallèlement aux productions de qualité (exportées, imitant le style des sigillées tardives ou de formes locales carénées à partir du Ve siècle) une production domestique de vases de formes irrégulières, à fonds parfois bombés, de couleur grise ou noire, avec un répertoire de formes monotone et basique, loin de celui de l’Antiquité.

d

Une production régionalisée et diversifiée qui marque la « médiévalisation »


La vaisselle du Haut Moyen-Âge est très diversifiée sur le plan régional. C’est le résultat du repli des productions sur des marchés domestiques (même si certaines grandes officines continuent à fonctionner, comme celles de l’Eifel). Si des régions conservent d’abord l’héritage gallo-romain, notamment en terme de décor ou éventuellement de répertoire (décor peint, décor à la molette…) les particularismes locaux ne manquent pas et empêchent rapidement une étude globale. Le « passage » définitif de la céramique commune au Moyen-Âge se fait en général entre le Ve et le VIe siècle, même si la vaisselle fine persiste encore tardivement dans ses formes néo-antiques.

 

Essai de description des formes les plus généralisées


Dans les “grandes lignes”, nous pouvons dire :

Ve – VIe siècle : vases carénés, production non tournée et tradition de la vaisselle fine gallo-romaine.
La production de qualité s’inspire des vases gallo-romains, par des imitations de la sigillée notamment (poteries “granuleuses”aux formes simples à partir de la fin du IVe siècle, céramique paléochrétienne ou d’Argonne). Les formes classiques sont les pots et les cruches. Une production non tournée est fréquente dans les régions d’influence germanique.

L’apparition de vases biconiques ou carénés (forme constituée de deux cônes, séparés par une carène) se produit au Ve siècle et se poursuit jusqu’au début du VIIIe siècle, la carène étant de moins en moins prononcée avec le temps. Cette forme est souvent décorée de bandeaux horizontaux à la molette, au niveau de l’épaulement. Cette forme est considérée comme de la céramique fine de qualité ; la surface est souvent lissée, les fonds sont plats, les ouvertures plutôt larges.

VIe – VIIe : poterie fine, commune, pots globulaires
Au VIe et VIIe siècle le répertoire comprend de la poterie fine (vase biconique, écuelle) et de la vaisselle commune à surface rugueuse (mortiers, cruches, pots globulaires, écuelles carénées non lissées). Les pots globulaires représentent une forme qui tend vers l’uniformisation globale.
Au VIIe siècle, vases biconiques, vases à ouverture resserrée, gobelets élevés, cruches à bec tubulaire et panse carénée, à surface lissée, décorées de motifs réticulaires constitués de lignes lissées forment des ensemble typiques. Le décor comprend parfois des bourrelets et des bossettes.

VIIIe -Xe siècle : pots globulaires, disparition des vases carénés – la céramique carolingienne
Du VIIIe au Xe siècle, l’étude devient encore plus complexe, car le mobilier funéraire devient inexistant, privant les archéologues de leur principal ressource de documentation. Jattes, cruches, bouteilles, pots à cuire (oules)…sont les formes classiques. Le VIIIe siècle annonce l’emprise carolingienne ; les ateliers de céramique reprennent de la vigueur, ainsi que les exportations des produits en tant que contenant.
Le répertoire tend à s’appauvrir et les différences régionales s’accentuent. Les vases carénés disparaissent.

Au IX et Xe, les pots globulaires tendent vers la généralisation. Le IXe siècle voit apparaître des types de poteries fines et de luxe. Les céramiques communes sont plutôt grises à cuisson réductrice.

 

Les modes de cuisson domestiques


Les cuissons des productions domestiques semblent avoir été réalisées en aire ouverte dans certains cas, mais on connaît aussi des exemples de four à un volume (VIe siècle), à tirage horizontal, qui indique une production plus évoluée et plus technique. Cela explique la réalisation de céramiques à cuisson oxydante et à cuisson réductrice, cette dernière devenant peu à peu majoritaire et s’imposant à l’époque carolingienne.

 

• Le cas de la vaisselle en verre

Les verres sont peu nombreux. Au Ve siècle, les formes courantes sont des coupes et des bouteilles ornées de verre blanchâtre fondu en guirlande.

Au VIe siècle, le gobelet caréné à fond convexe, terminé par un bouton, est caractéristique.

Au VIIe siècle, les verres deviennent très rares ; il s’agit en général de coupes en verre bleu, à large lèvre.


 

Archeologie, Patrimoine, Culture et Civilisation, Médiation et Valorisation du Patrimoine, Techniques de l Archeologie en Europe