Second Âge du Fer : Cultes & Croyances

Nicolas Prudhomme 21 juillet 2017 Commentaires fermés sur Second Âge du Fer : Cultes & Croyances
Second Âge du Fer : Cultes & Croyances

Le Second Âge du Fer – 475 à 25 avant J.C.

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Le midi : Culture celte contre influence méditerranéenne classique


Jusqu’à la fin du Premier Âge du Fer, les sanctuaires bâtis demeurent de rares exceptions, à mettre en relation avec le culte de personnages “héroïques” dont le rôle et la portée sont encore inconnus. A la fin du Premier Âge du Fer, le poids culturel du rempart semble se retrouver sous forme cultuelle par l’élaboration d’enceintes sacrées (appelées témenos). Il semble que l’intégration de ces sanctuaires se soit faite de manière progressive aux agglomérations pour y revêtir un aspect finalement monumental.

CONTENU

Statue représentant une tête coupée. Oppidum d’Entremont.

L’hermès à deux têtes de Roquepertuse (Bouches du Rhône)

Reconstitution d’un sanctuaire celtique

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On peut voir une expression cultuelle dans le regroupement de stèles votives dès le VIe siècle avant J.C., certainement associée à des aires sacrées. Des piliers-stèles (comme à Roquepertuse) ont peut être été réalisées dans ce but (Notons que ce phénomène n’est pas sans évoquer les statues menhirs du Chalcolithique). L’espace sacré est parfois balisé par des chapelles votives. Au contact de l’hégémonie Marseillaise accentuée par la présence romaine dès le IIe siècle, les Salyensse doivent de tenter de réaffirmer leur culture, ce qui passe au IIIe siècle par la réalisation d’ensembles monumentaux comme les portiques. Ce mouvement a peut être été accompagné par la prise de pouvoir d’aristocratie qui concentre alors la dynamique nécessaire à l’élaboration de telles constructions.A Roquepertuse (Bouches du Rhône), un sanctuaire hors de toute agglomération est vraisemblablement construit au IIIe siècle dans cette optique. L’ensemble monumental s’appuie sur un portique composé de piliers et de linteaux en pierre qui mettent en avant un ensemble de quatre statues polychromes mêlant le monde animal et humain. L’ensemble était complété par des structures en bois. Des alvéoles destinées à accueillir des têtes coupéesrestent les éléments les plus surprenants.

 

Le midi : la pratique des “têtes coupées”


La pratique des têtes coupées est signalée par Poseidonios au début du Ier siècle avant J.C. Il décrit la coutume consistant à récupérer et conserver dans de l’huile de cade ou d’exposer les têtes des ennemis illustres tués au combat, qui se “monnayaient fort cher”. Dans le cas des sanctuaires (Roquepertuse, Glanum, Entremont), il s’agirait plutôt de “défunts illustres” prenant place dans le Panthéon des héros de la société indigène aux côtés des Dieux. On retrouve la même configuration à Entremont sous forme d’un monument comportant une salle hypostyle à portique qui comportait des crânes humains non décharnés, vraisemblablement associé à un herôon communautaire. Un statuaire abondant représentant apparemment l’élite indigène y est associée (ce qui soutient cette thèse).

Des preuves archéologiques s’ajoutent aux descriptions des textes. Des crânes datés du IIIe au IIe siècle avant J.C. vraisemblablement cloués sur des linteaux de bois ou placés dans les alvéoles céphaliformes creusées dans les piliers ou les linteaux de pierre ont été découverts. Il existe également des représentations symboliques ou imagées de crânes dans des bas-reliefs sur des constructions domestiques ou publics.

 

Temples et fana dans le midi


L’influence de Marseille et de ses temples classiques peut se faire ressentir mais souvent c’est plutôt la culture celte qui l’emporte, ce qui permet souvent de comparer les temples indigènes avec ceux de la Gaule septentrionale (temple appelé fanum).
Les fana existent sous forme de monuments publics sur les oppida. Des constructions en pierres sèches datées du Ier siècle avant J.C semblent mêler tradition celtique du fanum à galerie centré et pilier-stèle rappelant ceux de Roquepertuse.

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Définition du lieu de culte en Gaule septentrionale


Quelle définition donner à un lieu de culte ? Cette question peut être utile pour repérer et identifier des sanctuaires dans un contexte complexe et parfois inconnu. On peut choisir comme définition l’existence d’un lieu marqué spécifiquement, l’aire sacrée, en tant qu’entité identifiable (présence d’une enceinte, d’un fossé…)

Notons qu’en Gaule celtique, le lieu de culte possède une structure spécifique, presque toujours de nature excavée.

 

Les structures cultuelles de la Gaule celtique septentrionale


Ces constructions se situent en général hors du contexte urbain. Les premières constructions monumentales ont été réalisées en matières périssables. On ne peut plus qu’étudier aujourd’hui les traces évanescentes de fossés et de trous de poteaux, associés à des anomalies topographiques.

A Vix, une structure cultuelle de forme quadrangulaire, associé à un statuaire proche de celui connu dans le Midi a été daté du Ve siècle.

Dans certains cas particuliers, on parle de Viereckschantzen, qui sont des enceintes quadrangulaires en terre dont le rôle est encore obscur. La forme est assez régulière, le fossé est peu profond, la surface interne est plate, surélevée par rapport à l’environnement et le matériel est pauvre (daté de La Tène Finale), souvent très concentré près de l’entrée, notamment dans le fossé.

Les structures identifiées sont des bâtiments, des palissades et des puits. Le site est en général orienté vers l’Est par son entrée qui est marquée par une interruption du fossé. Dans le cas des Viereckschantzen, la fouille n’a pas mis en évidence de fosses sacrificielles ou d’habitat, ni les caractéristiques des fossés de sanctuaires. Les structures identifiées sont constituées de bâtiments, de puits et de palissades.

 

D’autres exemples de sanctuaires


Dans tous les cas identifiés et étudiés, les éléments communs sont l’existence d’un enclos et d’un fossé qui matérialise l’aire sacrée. Les monuments sont construits en matières périssables, sur poteaux. Ils sont associés à des fosses rituelles.

En Gaule Belgique, il existe des structures semblables aux Viereckschantzen, fermées par un enclos. Les dimensions les plus courantes sont de l’ordre de 30 à 50m de côté. La structure est associée à un double fossé, doublé d’un talus et d’une palissade. L’entrée, orientée vers l’Est ressemblait apparemment à un porche surmonté d’un portique décoré, associés à des dépouilles et des crânes.

Le matériel est constitué d’armes déformées et pliées volontairement, de sacrifices d’animaux, parfois des ossements humains… Dans certains cas, le centre de l’aire a accueilli une structure en bois, de plan carré, éventuellement associée à une galerie sur au moins un des côtés et abritant une fosse apparemment destinée recevoir les sacrifices. Les armes, montés en trophée tout autour de l’espace sacré, étaient laissées en évidence jusqu’à ce que la corrosion les attaque ; les éléments recueillis au sol étaient alors pliés ou brisés puis jetés dans les fossés autour du sanctuaire. Les sacrifices d’animaux suivaient la même logique : les cadavres étaient exposés dans la fosse couverte par le temple où ils se décomposaient. Lorsque les connexions anatomiques se rompaient, les carcasses étaient jetées dans le fossé d’enceinte et les têtes récupérées étaient associées aux trophées en place.

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Le cas des puits rituels


Pour décrire certaines structures, on parle de puits rituels et parfois de puits funéraires. Aucune synthèse n’est disponible pour l’instant, d’où la difficulté de les interpréter. Ces puits, par leur remplissage, éloignent la thèse d’un usage primaire. Ils auraient été conçus dans des finalités cultuelles.

Dans le Nord de la France un certain nombre de ces puits ont accueillis un pieu de bois, rapidement enfouis par un remplissage de déblais. Il pourrait s’agir d’un culte du bois, associé à l’enfouissement de troncs d’arbres.


 

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