Premier Âge du Fer : Culture du Hallstatt

Nicolas Prudhomme 16 juin 2017 Commentaires fermés sur Premier Âge du Fer : Culture du Hallstatt
Premier Âge du Fer : Culture du Hallstatt

Premier Âge du Fer – IXe au IVe siècle avant J.C.

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Premières découvertes


En 1846, le tumulus de la Garenne est observé archéologiquement par J. B. H. Bourée, qui met en évidence une sépulture à char de la fin du VIe siècle avant J.C. La sépulture ne sera pas totalement comprise à cette époque. D’autres tumuli seront fouillés sous Napoléon III, cherchant vainement à mettre en évidence des tombes de gaulois, dernières victimes de la Guerre des Gaules avant le siège d’Alésia ! Le tumulus de la Butte à Sainte Colombe est étudié en 1863. Les premiers éléments mobiliers en or y sont découverts et les premières observations mettant en évidence l’existence des vestiges d’un char à quatre roues y sont réalisées.

CONTENU

Vue depuis le Mont Lassois (Vix, Côte d’Or) sur la vallée Châtillonnaise. De nombreux tumuli ont été étudiés au pied du site fortifié.

Un élément du rempart de Mont Lassois en cours de Fouilles (Vix, Côte d’Or).

Les tumuli princiers sont nombreux à proximité des sites fortifiés du Premier Âge du Fer. Ils ne présentent souvent plus que l’aspect d’une petite colline ou d’un vallonnement. Reconstitution Archéodrome de Beaune

Char de prestige à usage funéraire du Hallstatt. Il est composé de quatre roues, d’un long timon et d’éléments de décoration en fer ou en bronze.

Cratère géant en bronze d’origine méditerranéenne découverte dans la tombe de la « Dame de Vix ». Hallstatt.

Grande épée en bronze et grande épée en fer, typique des tombes du Hallstatt. Bourgogne.

Ciste à cordon en tôle de bronze martelée, caractéristique des Âges du Fer

Gros bracelet en lignite. Hallstatt Bourguignon

Bracelet en lignite. Hallstatt

Torque en bronze. Hallstatt.

Reconstitution du rempart d’Etaules (Côtes d’Or). Le dernier niveau de ce rempart, présenté ici dans sa configuration de l’Âge du Bronze final, a été repris au Premier Âge du Fer.

Rempart grec de Massalia (Fouilles de la Bourse, Marseille). Cette ville influencera profondément l’ensemble du territoire et préparera ainsi la conquête romaine.

Fibules en bronze du Premier Âge du Fer.

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A partir de 1880, l’étude des tumuli princiers se développent en France et en Allemagne. Le trait commun est la présence de mobilier riche, souvent en or et de chars à quatre roues (La Motte aux Fées – Apremont, Haute Saône ; le Fourneau – Veuxhaulles sur Aube, Côte-d’Or). Il faut attendre les travaux de J. Déchelette pour commencer à associer à ces sépultures une typologie et un positionnement chronologique corrects. Pendant longtemps, Âge du Bronze, et Âges du Fer sont confondus, ne donnant qu’une vision partielle et incomplète d’une transition “âge de pierre” – romanisation. Les tumuli identifiés se situent principalement dans le nord-est de la France ou l’Allemagne du sud-ouest.

Une première mise au point date de 1870 par les travaux d‘un archéologue allemand Paulus le Jeune qui identifie le caractère funéraire et princier de ces ensembles. Cependant Déchelette ne considère pas ces ensembles monumentaux comme typologiquement caractéristiques des autres tertres de la même époque. De 1930 à 1940, J. Lagorgette réalise une première étude sur le site de Vix du Mont Lassois. Cependant le lien avec les tumuli n’est pas réalisé. Il ne s’agit pour les archéologues que de zones d’échanges et de commerce particulières avec notamment le monde étrusco-grec.

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Formation d’une première théorie : concept des résidences princières


En 1930 les archéologues allemands tentent de mettre en évidence des résidences princières associées aux sites fortifiés contemporains des riches tumuli (cas du Heuneburg). Les fouilles abandonnées en 1942 reprennent à partir de 1951 sous la direction de Kimmig et Dehn. La découverte de la tombe de Vix en 1953 permet de souligner que le phénomène observé dans l’Allemagne du Sud n’est pas si étroitement localisé et que ce dernier s’étend en fait a monde Hallstattien. Dans tous les cas alors observés, les riches tumuli “princiers” sont systématiquement associés à des sites fortifiés du Premier Âge du Fer, qui les désignent presque automatiquement comme le lieu de résidence d’aristocrates. Le concept des “Fürstensitze” ainsi bâti va perdurer jusque dans les années 80.

Les recherches récentes, qui s’intensifient de 1970 à 1990 permettent d’identifier de nouveaux sites (Chatillon-sur-Glane, Fribourg ; Münsterberg, Bavière…). Les premières synthèses permettent d’affirmer que le phénomène hallstattien est donc de dimension européenne, de la Bourgogne à la Bavière. Mais les différentes théories s’affrontent : si pour l’école historiciste allemande il s’agit d’une forme primitive de féodalité, l’école anglo-saxonne privilégie un fonctionnement centralisateur de ces “résidences princières” qui serait le lieu de concentration de biens et de marchandises locales destinées à être échangées avec le monde méditerranéen, associés à une redistribution locale. Ce système serait organisé autour d’un maillage hiérarchisé mettant en relation différents sites d’importances variables.

 

Les critères de Kimmig


Kimmig (Kimmig, 1969) propose trois critères de reconnaissance des Fürstensitze :

1. Leur situation géographique privilégiée, très souvent fortifiée et propice aux communications ;

2. La présence de tumuli riches en objets funéraires se trouvant plus ou moins éloignés du site et pouvant sans peine être qualifiées de tombes seigneuriales ;

3. La présence inattendue d’objets d’autres cultures souvent d’origine méditerranéenne et se trouvant à l’emplacement même de l’habitat.

 

Synthèse récente et thèses actuelles


La synthèse des résultats actuels ébranle la théorie des principautés. Les princes hallstattiens n’ont apparemment pas habité les ensembles fortifiés de façon systématique (“résidences princières”) tel qu’on le supposait. En effet, la découverte récente d’un habitat rural princier à Hochdorf, situé à côté d’un tumulus princier a sérieusement remis en question le modèle des Fürstensitze tel qu’il a été défini dans les années 1980. Un parallèle peut être établi avec les structures d’habitat observées à proximité du tumulus de la Dame de Vix, ou dans d’autres sites en Allemagne.

La théorie actuelle suppose donc que dans l’ouest du monde hallstattien, les résidences princières sont de type rural, à proximité des tumuli, sous formes de grands domaines agricoles, situées à une dizaine de kilomètres des habitats fortifiés. Cette hypothèse est soutenue par le fait de la distance entre tumulus et habitat fortifié, par l’absence parfois remarquée d’habitat fortifié à proximité des tumuli ou par l’absence de cohérence chronologique entre les tumuli et l’habitat fortifié trop postérieur. De plus des traces d’habitat à proximité des tumuli ont été régulièrement observées. Le type d’habitat usuel des supposés princes semble donc plutôt être de grands domaines agricoles.

Les habitats de hauteurs fortifiés ne seraient d’ailleurs pas plus des places économiques d’échanges commerciaux et de redistribution et l’hypothèse d’un flux permanent et important de mobilier étrusco-grec est aujourd’hui remis en question. On préfère y voir une forme de thésaurisation de biens luxueux, qui accompagnent le défunt dans sa tombe.

 

La théorie des centres de pouvoir


On ne parle donc plus aujourd’hui de résidences princières, mais plutôt de centres de pouvoirs. Ils témoignent seulement de l’émergence de pouvoirs locaux et d’une hiérarchisation sociale, inégale et hétérogène selon les régions et les sites. Leur essor est assez essentiellement concentré sur la fin du VIe siècle. La diversité de l’organisation, de la structure sociale domine. Le développement de ces espaces semble lié à leur positionnement sur les voies d’échange et de commerce.

La vision sur ces modèles favorise aujourd’hui une version dynamique, montrant la transformation d’une société dirigée localement par une élite en une véritable structuration de la société en classes sociales, dont la tête dirigeante se différencie très rapidement. La stratification est le résultat d’une indépendance marquée par rapport à la ressource purement agricole, qui permet d’accroître sa puissance, son pouvoir, notamment par l’entretien d’une armée permanente. Cette nouvelle ressource devait certainement être liée aux voies commerciales au Hallstatt. Le phénomène hallstattien doit donc plutôt s’interpréter sous forme d’une évolution dynamique de la société, qui s’organise en classes et qui est contrôlée par une strate aristocratique très différenciée, conséquence de l’exploitation de richesses autres qu’agricoles. Le contrôle du trafic commercial, par la perception de taxes, est certainement à l’origine de l’expansion de ce modèle.

 

Un changement social dans les rites funéraires


Au VIIIe siècle se développe une hiérarchisation sociale dans les rites funéraires : tranchant avec le comportement potentiellement égalitaire de l’Âge du Bronze, des tumuli à incinérations ou inhumations apparaissent, accompagnés d’un riche mobilier. Les tombes masculines sont caractérisées par le dépôt d’armes (épées en bronze puis en fer, pièces de harnachement qui rappelle le niveau social du cavalier que possèdent les premiers aristocrates celtiques. Des bijoux (torques, bracelets) en métal précieux (or) accompagnent les plus riches tombes.

La présence de bijoux en or et de vaisselle en bronze invite à parler de “princes”. Ces tombes aristocratiques qui apparaissent à la fin du VIIIe siècle sont typologiquement identifiables : longue épée de cavalier, rasoir, récipient caractéristique (cistes à cordons, situles) sont bien connues dans la région de la civilisation princière hallstattienne (Centre est, Berry).

 

Les chars à quatre roues


Des chars à quatre roues sont également attestés, dès le VIIe siècle (Côte Saint André, Isère). Le char à quatre roues semble être un élément de la vie religieuse et culturelle au Hallstatt. On le retrouve donc de façon quasi systématique dans les tumuli princiers du Hallstatt moyen et final. Il permet certainement d’acheminer le corps du défunt dans sa dernière demeure. Il peut être conservé intact ou démonté. Le char à quatre roues possède un long timon, avec des parties en fer (bandage des roues, moyeu…) et des éléments de décorations en fer ou en bronze. Les pièces sont parfois enveloppées de tissu. Notons que la chambre funéraire est toujours architecturalement assez soignée.

• La tombe de Vix (Châtillon sur Seine)

A Vix, la chambre funéraire était carrée, creusée à même le sol sur 3 mètres. Un coffrage en bois assurait le maintien de l’édifice recouvert d’un important tumulus de pierre. Un char à quatre roues accueillait le squelette d’une femme d’une quarantaine d’années, accompagnée d’un cratère en bronze gigantesque ainsi que de mobilier en bronze et de vaisselle d’importation méditerranéenne.

 

L’évolution des rites et de la société


Les sépultures du Hallstatt moyen contiennent encore la grande épée qui disparaît au Hallstatt final, parfois remplacée par un poignard. Ce sont principalement les symboles du pouvoir qui sont alors représentés : parure de qualités exceptionnelle (diadème, bracelet, collier en ambre, or, corail et bronze), vaisselle métallique indigène ou importée (bassins, chaudrons, situles, lébés, puisoirs, phiales, oenochoés à la phase finale notamment, cratères monumentaux…) ; la céramique importée (coupes, canthares) est plus rare. Le passage aux chefferies laténiennes se caractérisent par un appauvrissement du mobilier et au recours au char de guerre à deux roues.

 

Le mobilier caractéristique


Parmi le mobilier caractéristique, notons la grande épée en fer associée au rasoir dans les riches tombes masculines. On observe également des perles d’ambre, des bracelets en lignite, des bracelets en bronze à relief, des cistes à cordon (seau en tôle de bronze chaudronnée et rivetée qui renforce la solidité du récipient l’aide de martelage créant des renflements horizontaux appelés cordons).

Le mobilier funéraire. Le mobilier caractéristique se compose de brassards tonnelets, de plaques de ceinture, de pectoraux ajourés avec pendeloques-rouelles et de disques de bronze (élément de parure féminin cousu sur les vêtements au niveau de l’abdomen).

Les bracelets. Les gros bracelets à oves, les torques tubulaires et les bracelets en schiste sont caractéristiques.

• Hallstatt Ancien

Parmi le mobilier caractéristique, citons les épées en bronze, les grandes épées en fer à soie plate ou poignée en os (épée de cavalier), les rasoirs en bronze à tranchant incurvé ainsi que les fibules renflées et massives à décor gravé (fibules à sanguisuga).

• Hallstatt Moyen

Citons les poignards en fer à “antennes”, éléments de parures (bracelets, armilles – bracelets filiformes portés en nombre), les plaques de ceinture en bronze décorées, pendeloques (rouelles), les anneaux de bras en schiste ou en bronze (brassards tonnelets) décorés par gravure, et les fibules (serpentiformes à arc et disque d’arrêt)…

• Hallstatt Final

Remarquons notamment les bijoux en bronze (bracelets, anneaux de bras et de chevilles, torques) ou les fibules (à long ressort enroulé autour d’un axe et ornée de timbales et de cupules, parfois rehaussées d’une perle de corail).

 

Les citadelles du Hallstatt


Presque toujours les habitats de hauteur de l’Âge du fer se superposent à des enceintes antérieures, sans pour autant que la continuité de l’occupation soit assurée. L’alliance de la terre et de la pierre, associé au bois est caractéristique de l’Âge du Bronze et du Premier Âge du Fer. Il s’agit souvent de citadelles destinées à être vues de loin et à afficher la puissance d’un groupe.

Dans le cas d’Etaules en Côte d’Or, un rempart en pierre sèche rehausse les défenses de l’âge du Bronze. Son effondrement a nécessité le renforcement du barrage de défense et la construction d’un deuxième rehaussement en pierre associé à un poutrage en bois. Notons que beaucoup de ces sites sont abandonnés au Ve siècle.

Au Deuxième Âge du Fer, l’oppidum, qui répond à d’autres besoins, supplante les fortifications hallstattiennes.

 

Le monde Hallstattien et sa relation avec la Méditerranée


Depuis la fin de l’Âge du Bronze, des récipients de bronze issus de la Méditerranée sont déposés dans les tombes des élites. Ces objets ont des provenances diverses et leur exportation les a fait passer par différents intermédiaires. Parmi les mobiliers les plus représentés, les vases de bronze dominent au début, puis sont suivis au VIIe siècle par les situles et les cistes à cordons. Ils sont déposés dans les tombes princières du VIIe siècle, associés à une grande épée en fer, marque de la caste guerrière.

Parmi les innovations importées, l’adoption de la fibule qui prend la place de l’épingle pour la fixation des vêtements s’impose. la forme la plus ancienne est à arc serpentiforme à disque d’arrêt et provient en général d’Italie du Nord. Le type est très rapidement imité.

 

Le Hallstatt : fracture, crise et rupture d’un système


Du IXe au VIe siècle, la fracture sociale s’accroît. Les tumuli sont d’abord réservés à une caste de guerriers, cavaliers possédant des épées. Au VIe siècle, une classe particulièrement riche de guerrier se démarque, enterrée dans des chars à quatre roues accompagnés de mobilier exceptionnellement riche. A la fin du VIe siècle, c’est alors l’époque des tumuli monumentaux, qui abritent les dépouilles d’une classe supérieure très différenciée, et qui concentre le pouvoir et la richesse. Cependant, dans le début du Ve siècle, la société s’écroule hiérarchiquement.

L’origine de cette rupture est peut-être à rechercher dans l’apogée du commerce issu de la Méditerranée, qui tout en participant à son hégémonie, déstabilise parallèlement cette structure sociale. Les causes du déclin sont certainement aussi à rechercher au sein même de ces civilisations. La thèse qui prédomine désigne des changements politiques ou sociaux, dont les conséquences sont des mouvements de populations et l’adoption de nouveaux comportements, un déclin de la prospérité.


 

 

 

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