Gaule Romaine : Céramiques

Nicolas Prudhomme 12 juillet 2016 Commentaires fermés sur Gaule Romaine : Céramiques
Gaule Romaine : Céramiques

L’Epoque Gallo-Romaine – 125 avant J.C. au Ve siècle après J.C

Le contexte


On définit en général trois périodes dans la production des céramiques en Gaule romaine :

Période I : du Ier avant J.C. à la fin du Ier après J.C. (vers 80), marquant la transition des types gaulois au types gallo-romaines;

Période II : du Ier après J.C. au début du IIIe siècle, correspondant à l’apogée des officines et à l’affirmation du répertoire gallo-romain ;

Période III : du IIIe au Ve siècle, marque la transition des productions gallo-romaines aux mérovingiennes.

CONTENU

Céramique à parois fines.

Céramique à glaçure plombifère.

Céramique à parois fines

Céramique à parois fines.

Céramique à parois fines.

Divers types de cruches. Céramique commune.

Divers modèles de lampes à huile romaines.

Céramique metallescente.

Céramique à parois fines

Céramique à glaçure plombifère.

Céramique peinte.

Spatules de potiers en fer.

Crapaudine de tour.

Moule de céramique sigillée.

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La période I : transition du répertoire gaulois au répertoire gallo-romain


Il s’agit de la période marquée par la fin de la Tène finale et le début de l’emprise romaine, jusqu’à la fin du Ie siècle.

Les traditions celtes sont d’abord très vivaces ; certaines formes caractéristiques perdurent au début : vase ovoïde, vase caréné, vase à panse ronde et piédestal, décor peigné. Les formes sont reprises en terra nigra dont un des exemples typiques est le vase ovoïde à lèvre mouluré. Dans le Midi, atelier de sigillées côtoient des productions non tournée.

L’adoption du tour rapide permet de réaliser des formes plus osées, plus riches et plus élégantes. Les assiettes se développent, en particulier les assiettes en terra rubra et en terra nigra.
Les formes sont souvent inspirées des modèles italiques (calice par exemple).
Les décors de la céramique commune sont réalisés par incision et peignes (de type celte) ; les formes plus élaborées reçoivent des décors par guillochis et à la molette.

A cette époque on retrouve donc souvent dans le nord l’association poterie modelée / terra nigra ou terra rubra ; dans le sud, déjà sous influence romaine, l’association poterie modelée / sigillée, poterie à vernis noir. A partir du Ier siècle, le métissage des formes italiques et gauloises produisant un nouveau répertoire, on dit que les formes gallo-romaines s’imposent.

Dans le dernier quart du Ier siècle avant J.C., la céramique pré-sigillée apparaît, en même temps que les productions de terra nigra. Dans le sud, la céramique commune et sigillée s’impose rapidement aux dépends des productions de type gaulois.

Il semblerait que les potiers gaulois aient commencé par un apprentissage technique des nouvelles technologies en imitant les céramiques romaines, puis une fois ce savoir faire acquis, se sont lancés dans des productions propres et originales. La période d’assimilation a été assez longue, plus prononcée dans le sud sujette aux importations italiques et plus tardives en région septentrionale. Ainsi jusqu’à la fin du Ier siècle, la vie domestique reste plus gauloise que gallo-romaine dans la majorité de la Gaule.

 

 

La période II : affirmation du répertoire et apogée des officines


Cette période couvre globalement le Haut Empire : fin du Ier siècle jusqu’à la première moitié du IIIe siècle. Les ateliers de céramique commune se développent et les répertoires s’individualisent, se multiplient. De véritables villages de potiers naissent et réalisent des productions industrielles ; les objets gagnent en qualité, mais la production de série se fait aux dépends de leur aspect esthétique. la quantité de céramiques fines diminuent au profit de celle de la sigillée, excepté dans le Nord où les productions de terra nigra se maintiennent. Le bol tripode, typiquement romain, apparaît dans le sud au Ier, il ne se diffuse dans le Nord qu’à partir du IIe et IIIe siècle. Le mortier, typiquement méditerranéen, était inconnu des Celtes. Adopté rapidement dans le sud, son intégration reste lente dans le reste de la Gaule.

Les vases de cette période ont des profils globalement ovoïdes, ronds ou carénés. La cruche est rapidement assimilée, et le pichet, également d’origine romaine s’intègre assez vite au répertoire du sud. Les décors sont moins élaborés qu’à la période précédente : peigne, incision, estampage, lissage, décor à la roulette…

   • Les officines de la deuxième période

A la fin du Ier siècle, on assiste à une explosion de la production. Au début de petites unités artisanales produisent la céramique fine, à l’aide de quelques fours ; ces officines perdurent mais à côté se développent de véritables complexes artisanaux fonctionnant en général de la fin du Ier siècle jusqu’au IVe siècle. Les variétés de fours se multiplient : parfois couplés, il en existe des groupes de quatre sur la même aire de chauffe à partir du IIe siècle. La taille des fours augmente aussi vers le IIIe siècle.
Ces officines peuvent rivaliser en taille avec les ateliers de sigillée. Leur production est diffusée à l’échelle régionale.

  • Les faciès du Haut Empire (IIe période)

Les faciès locaux s’affirment en particulier au IIe siècle. Le répertoire jusque là standardisé se morcelle en unité régionale, mêlant influences celtes et romains. Ce nouveau répertoire persiste du IIe au IIIe siècle, sans connaître de modifications notables.

Au IIe siècle, la compétition fait rage entre les ateliers ; chaque officine a son réseau commercial propre ; les productions communes alimentent en général le marché local.

Au IIIe siècle, le répertoire s’amenuise, la qualité baisse. La récession entraîne l’abandon d’officines ; les formes du IIe siècle sont reprises, alourdies, manquant d’élégance. Les pieds sont détachés à la ficelle et ne sont plus soignés (moulurés, creusés). Les crises de cette époque fait peser une véritable insécurité sur les transports, ce qui restreint les débouchés des grands ateliers au profit des petites officines dont les productions ne sont plus vraiment remarquables.

 

La période III : vers le répertoire Haut Médiéval


La dernière phase (IVe siècle) est une époque de renouvellement du répertoire par le retour d’influences gauloises mais aussi de régression technologique. Ce répertoire va poser les bases de celui du Haut Moyen-Âge.

Les traditions gauloises reviennent donc en force (formes à piédestal). Les formes sigillées d’Argonne décorées à la molette (héritage de la Tène finale) réapparaissent à la fin du IIIe siècle, ainsi qu’une production de terra nigra. Les formes sont originales du IVe siècle.

Les poteries modelées réapparaissent au IVe siècle dans le Nord principalement là où ce sont installés des groupes germains.

La qualité ne baisse pas pour autant. Les faciès régionaux se maintiennent jusqu’au IVe siècle. Les répertoires se fractionnent, témoignant d’un repli régional. La céramique à l’éponge caractérise le sud-ouest du Bas Empire., mais reste localisée.

Dans le Nord, on assiste à la domination de répertoires imités de la sigillée d’Argonne alors que le sud l’est par les imitations de céramiques paléo-chrétiennes. A la fin du IVe siècle, les céramiques provenant de l’Eifel, rugueuses et granuleuses diffusent dans le Bassin Parisien. Ces productions granuleuses sont copiées localement et persistent jusqu’à l’époque carolingienne.

 

La céramique gallo-romaine, une gamme étendue


La gamme gallo-romaine en forme, couleur, pâtes est très étendue. La céramique autre que sigillée comprend plusieurs catégories : fines, semi-fines, communes voire grossière… Le produit final est souvent le résultat d’influences variées, aussi bien romaines que celtiques. Il est souvent possible d’isoler un répertoire spécifique à ne région.

  • La poterie modelée

Elle est issue de la tradition gauloise. La forme générale est assez maladroite et grossières. Ce type de poteries ne disparaît jamais et réapparaît de façon systématique aux différents siècles. On la voit représentée de manière forte dans le Nord de la Gaule à la fin du IVe siècle, production liée à l’installation de peuples germaniques riches de culture celte.

  • La céramique sigillée

> Voir l’article “Sigillée”

  • La céramique commune

Elle constitue la céramique classique quotidienne. Produit tourné, avec des pâtes noire, grise, ocre, jaune, beige ou rouge, bien cuite, elle représente globalement 80 du mobilier céramique généralement découvert. Le type de la poterie influe sur la pâte : gobelet en pâte noire fine et lustrée, cruche et mortier dans la gamme beige. Notons que cette couleur est typiquement d’inspiration romaine. La couleur sombre, plus indigène est en perte de vitesse jusqu’au IVe siècle où sa proportion s’accroît à nouveau.

On trouve toutes les formes domestiques possibles dans cette catégorie (assiettes, écuelles, bols, vases, mortiers, marmites, cruches…). La céramique commune est le résultat du mélange de toutes les influences et de toutes les formes dont le produit est une permanente originalité évocatrice.

  • La céramique fine

Ces formes sont des productions d’usage moins courant et plus soignée ; la pâte est de meilleure qualité, les parois sont assez fines ; les décors sont assez soignés. On les trouve assez régulièrement dans les sépultures.

  • La céramique à parois fines

Il s’agit de la catégorie s’étendant entre la céramique commune et la sigillée. Le plus souvent de couleur orangée (engobe), décoré de sable, de guillochis, d’incisions, ces produits tentent d’imiter la production métallique. la production, venant d’Italie puis du Midi et du Centre est connue du Ier avant J.C. au Ier après J.C.

  • La céramique plombifère

Cette production originale se répand en Gaule septentrionale au Ier siècle après J.C. Elle est recouverte d’un enduit glaçuré de couleur plutôt verdâtre ou jaune. Les formes sont proches de celles à parois fines, excepté quelques exemplaires de vases zoomorphes. Lezoux est l’un des centres de production. Cette catégorie disparaît au IIe siècle.

  • La céramique gallo-belge

Certaines productions imitant la sigillée (en particulier les formes, les pâtes et parfois les signatures) sont réalisées à partir du Ier siècle avant J.C. Ces céramiques, dites gallo-belges, portent le nom de terra nigra et de terra rubra. La production augmente dans toute la Gaule au Ier siècle.
La terra rubra est une céramique fumigée. Les productions sont de couleurs grises à noir, fines, à dégraissant sableux ; elles présentent un aspect lustrée, luisant. Les décors sont variables, peignés, guillochés, excisés… Les pièces, copiant la sigillée sont estampillées. Les formes hautes restent souvent des productions originales, inspirées du répertoire romain et gaulois.

La terra rubra est la même production que la terra nigra mais en ocre orangé. La différence provient du type de cuisson (oxydante ici). Les formes sont moins diversifiées que pour la terra nigra. On note notamment les vases tonnelets de formes ovoïdes ornés de guillochis, qui sont imités des vases à parois fines.

Les ateliers principaux sont représentés en Belgique, en Champagne et en Allemagne près du Rhin, mais on note l’existence d’officines locales dans de nombreuses villes romaines.
Elle atteint sont apogée au début du Ier siècle, puis la production baisse à la fin de ce siècle. La terra rubra disparaît au IIe siècle, concurrencée par la sigillée ; la terra nigra la suit au IIIe siècle. Dans le nord, la production reprend de façon sporadique dans des formes locales du IIIe au IVe siècle.

  • La céramique à enduit rouge

Parmi les productions recouvertes d’un enduit rouge, il existe des productions de couleur jaunes qui sont recouverts d’un engobe rouge fragile (pour les formes basses ouvertes, seule l’intérieur à parfois était traité). Cette vaisselle est courante dans les sépultures du Nord de la France au Ier siècle.

  • Les céramique micacées

L’engobe utilisé est micacé, de couleur dorée. Il tente d’imiter le métal. Il est appliqué sur des formes plutôt orangées. Les formes sont imitées de la sigillée, de la céramique gallo-belge, et surtout de la vaisselle métallique. La production apparaît à la fin du Ier siècle, se poursuit au IIe et au IIIe siècle.

  • La céramique metallescente

Ce type de céramique tente également d’imiter la vaisselle métallique. Cet aspect vert doré ou argenté provient de l’engobe à base de précipitations cristallines. Les formes sont principalement des gobelets à boire, très richement décorés (relief en applique décor à la barbotine, excisé, à guillochis…). Les productions s’échelonnent du II au IVe siècle dans le Centre et l’Est de la Gaule.

  • La céramique ardoisée

Les productions gris clair et bleuté fines sont produites du IIe au IVe siècle. Elles prolongent les formes gauloises tout en s’inspirant des formes gallo-belges.

  • La céramique à l’éponge

Il s’agit de séries décorées à l’aide du pouce ou de la paume effectués sur des épaisseurs d’engobe variable. Ce décor s’approche de celui réalisé par la technique de l’éponge d’où son nom. Cette vaisselle apparaît au IIIe siècle et persiste jusqu’au Ve siècle. Sa production est limitée à une aire comprise entre la vallée de la Loire et la Garonne.

• La céramique paléochrétienne

On considère souvent cette céramique comme un prolongement de la sigillée dont la forme et le décor s’inspirent. Les décors sont réalisés au poinçon ; ils appartiennent au répertoire chrétien. La couleur varie de l’ocre au gris, la pâte est fine. La production est en général limitée à l’aire méridionale ; elle a lieu du IVe au Ve siècle.

 

Les origines de l’argile


Les argiles sont des produits de la décomposition de roches alumineuses (alumine Al2O3), principalement le feldspath. Elles contiennent souvent de la silice SiO2 sous forme hydratée (hydrosilicates d’alumine cristallisés) et du fer sous forme d’oxydes, ainsi que du calcaire. L’argile est traitée pour éliminer les impuretés de fortes dimensions. Cependant, une argile trop fine est un inconvénient (elle est dite “grasse” ) : elle s’affaisse en cas de montage (d’où l’ajout de dégraissant nécessaire). Les caractéristiques intrinsèques d’une argile destinée à la céramique sont son retrait au séchage, sa plasticité et son durcissement à la cuisson. Par chauffage, la fusion des cristaux constituant l’argile donne naissance à la céramique.

  • La couleur des poteries est liée à la composition chimique …

La couleur des céramiques (et même de l’argile) est due aux oxydes de fer contenu dans l’argile.
Ils existent naturellement sous trois formes :
l’hydroxyde de fer (FeO.OH), de couleur jaune qui devient un oxyde de fer FeO de couleur rouge après 150°C. (une argile de teinte jaune vire donc au rouge après cuisson…);
– la magnétite (Fe3O4), oxyde de fer de couleur noir. Vers 350° en présence de l’oxygène de l’air, le troisième atome de fer devient trivalent : il y a alors formation d’oxyde de fer rouge, uniquement en atmosphère oxydante.
– l’hématite (Fe2O3) ou oxyde de fer rouge, s’obtient à partir des deux composés précédents. Les teintes sont orangées et tendent parfois vers des couleurs plus foncées suivant la température (vers 1100°C), en atmosphère réductrice jusqu’à devenir noires en atmosphère réductrice (retour à la magnétite).

En absence d’oxyde de fer, la couleur reste claire (cas des argiles très pures, utilisées par exemple pour faire des cruches gallo-romaines). De même, les argiles riches en calcaire (jusqu’à plus de 30%) donne après cuisson des poteries claires, voire blanches (il s’agit alors d’une marne).

  • L’ajout de dégraissants

On appelle dégraissant des particules ajoutées à l’argile afin de limiter le retrait au séchage de la poterie, cause de fissures qui provoqueront le bris à la cuisson. L’ajout de dégraissant (particules dures) empêche donc un trop grand retrait au séchage (8 à 10%, négligeable à la cuisson). Il s’agit d’argile siliceuse, de sable, de quartz, parfois de végétaux, de chamotte (céramique concassée ajoutée comme dégraissant), de coquillages concassés… On a même observé l’ajout de paille pour des poteries destinées au feu (meilleure résistance aux chocs thermiques).

Les dégraissants permettent également de diminuer les tensions lors des chocs thermiques. Ainsi, les céramiques culinaires sont souvent fortement dégraissées et cuites à faible température.

Remarque sur les dégraissants “externes” : les parois externes sont parfois enduites de sable pour éviter le collage à la cuisson…

 

Préparation des argiles (exemple des traitements gallo-romains)


La première étape est l’extraction de l’argile dans la carrière. Le potier va ensuite faire subir une succession de traitements à cette argile naturelle pour en extraire de la “barbotine” qui sera alors utilisée pour le façonnage optimal de la future poterie.

Première étape : Mouillage dans une fosse d’argiles, homogénéisée au pied ;
Deuxième étape : Stockage à sec, après broyage et élimination des nodules calcaires ;
Troisième étape : Trempage de l’argile pour éliminer les corps exogènes, délayage dans l’eau. On utilisait deux méthodes :
– par décantation, suivi de transvasement ;
– par lévigation, en provoquant un écoulement dans un fossé (traitement actuel de l’ocre par exemple).

L’argile est alors mise à sédimenter, pour éliminer l’eau. Elle est stockée dans une cave, à “pourrir” (peut-être en vue de la mauvaise saison – l’argile serait plus difficilement delayable dans l’eau froide). On a observé à la Boissière-Ecole des fosses de décantation et des caves de stockage.

Avant utilisation, l’argile est pétrie, foulée, battue à la main pour l’homogénéiser et éliminer les bulles d’air. Le potier peut alors entreprendre le façonnage.

 

Les différentes techniques de façonnage


  • Montage au colombin

La technique consiste à monter le récipient à partir de boudins en argile, soit en les empilant, soit en les montant en spirale. Les parois sont ensuite lissées à l’extérieur et à l’intérieur. Une vue de profil d’un tesson provenant d’une poterie réalisée de cette façon présente une forme caractéristique en chevron, trace de la structure initiale en colombins.

  • Modelage et moulage

Le moule peut être externe ou interne. La pâte est appliquée puis modelée pour coller au mieux à la forme. Après séchage, le vase se démoule tout seul, par retrait. Cette technique nécessite de posséder plusieurs moules, afin d’avoir un rendement correct. Il existe également des moules bivalves ; les parties du récipient obtenues sont ensuite collées par de l’argile liquide.

  • Travail à la tournette

Il s’agit d’un petit tour, tourné à la main, sans vitesse. Il permet de réaliser un lissage plus rapide et de s’assurer d’une certaine symétrie de la poterie réalisée.

  • Travail au tour

Il s’agit du tour rapide, vraisemblablement introduit en Gaule par les Romains. La pâte, déposée sous forme d’une boule au centre du tour, est ensuite modelée par le creusement des doigts et par l’effet de la force centrifuge, qui assure la symétrie du récipient et la finesse de ses parois.

 

Les différents fours : essai de typologie


Un four est un ensemble construit constitué d’une «chambre de combustion» (où seront placées les poteries) et un «foyer» où le feu est entretenu et contrôlé.

Etablir une typologie fonctionnelle, c’est trouver des caractéristiques générales communes à tous les fours qui permettent de les classer.
Il est courant de proposer une classification par les rapports entre les matériaux à cuire et la source de chaleur. Il génère ainsi trois grandes catégories de fours qu’il définit ainsi:
1. les fours à un volume, où combustible et charge à cuire sont plus ou moins mêlés dans le même espace;
2. les fours à deux volumes, où ils sont séparés par une sole perforée;
3. les fours mouflés («à tubulures») où il n’existe aucun contact entre les deux.

Une autre manière de créer une typologie, sensiblement équivalente par son résultat, est de considérer le type de cuisson résultante: il existe ainsi globalement quatre types de cuissons possibles des poteries; ces quatre cuissons résultantes permettent de proposer un classement des fours de façon assez synthétique:

1. La cuisson réductrice fermée
2. La cuisson réductrice ouverte
3. La cuisson oxydante par rayonnement
4. La cuisson semi-oxydante.

Cette classification, celle des potiers, permet de retrouver les types précédemment cités, mais permet de s’affranchir des variantes de construction qui existe entre les fours.

  • Caractéristiques techniques des fours

Voici quelques détails et explications techniques qui permettent de mieux comprendre les solutions adoptées par les potiers dans la construction des fours

Intérêt de l’alandier et de la sole séparant le laboratoire de la chambre de combustion: un four construit avec une sole permet de régulariser le flux de chaleur et de le débarrasser des particules non brûlées qui se déposent dans l’alandier et dans la chambre basse. Les «coups de feu» et zones de chaleur hétérogènes ne sont donc plus fatals à la céramique.

Evacuation des fumées, cheminées: l’obstruction des orifices d’évacuation de la fumée (cheminées) permet le contrôle du tirage et donc le contrôle de la température et des atmosphères de cuisson. On peut donc contrôler le type de cuisson (réductrice ou oxydante).

Propriétés des matériaux utilisés pour la construction des fours: les matériaux choisis doivent être isolants (pour conserver la chaleur) et réfractaires (pour supporter la chaleur). Les revêtements argileux des parois intérieures du four portent souvent des traces de scorification et de vitrification qui témoignent des importantes températures atteintes.

Caractéristiques architecturales : les fours sont constitués en général de l’aire de chauffe, de l’alandier et de la chambre basse en position excavée (qui permet une meilleure isolation thermique), le laboratoire étant au-dessus du niveau du sol. Ils peuvent être simplement creusés dans le substrat, enduits intérieurement et munis d’un dôme d’argile, ou posséder une structure construite à l’aide de matériaux en terre cuite (tuiles) liés à l’argile, ou enfin être maçonnés en pierre.

Nombre d’alandiers: le nombre d’alandiers (foyers) est fonction de la cuve (laboratoire). Les petites dimensions des alandiers montrent que la cuisson se fait souvent par des bûches. Ils étaient fermés dès que la température atteignait 300° à 400°C.

Problèmes liés à la sole: une grande difficulté pour les potiers de l’époque était de réaliser une structure pontée, parfois percée, qui devait supporter au moins 300 kG au m².

Forme du Laboratoire: les formes utilisées sont circulaires, carrées, rectangulaires…

Le mortier: le mortier utilisé pour l’assemblage des matériaux a été d’abord du «coulis» (mélange d’argile et de sable) puis de terre réfractaire (l’argile et de la brique pilée).

 

Étude typologique


Type 1 : les fours sont constitués d’un volume, où le combustible et la charge à cuire sont plus ou moins mêlés dans le même espace
Ce type de four a été utilisé du néolithique aux années 1900 environ. Ce sont les techniques de construction et de cuisson les plus simples: poteries et combustibles sont mélangés. La cuisson est réductrice fermée (entre 600° et 900° C).

Type 2 : les fours à deux volumes, séparés par une sole perforée.
A l’époque gallo-romaine on retrouve des familles de fours typiques, qui permettent notamment de cuire les matériaux de construction ou de stockage: tuiles, briques, carreaux, tuyaux, doliae, amphores.
Le four est constitué par un laboratoire qui communique avec le foyer par une sole. La voûte est percée d’ouvertures, ce qui provoque une cuisson semi-oxydante. C’est le type de fours traditionnels encore couramment utilisés aujourd’hui par les potiers.

Type 3. les fours mouflés («à tubulures») où il n’existe aucun contact entre combustible et charge à cuire.
Ces fours sont destinés à la cuisson oxydante par rayonnement (entre 900° et 1050°C) à la base de la technique gallo-romaine de la sigillée.
La cuisson se fait par rayonnement calorifique de tuyaux en terre cuite verticaux, placés dans le laboratoire. Les tuyaux sont d’une part en contact avec l’extérieur, d’autre part avec le foyer. Le laboratoire est fermé par une voûte démontable. La distance entre les tuyaux ne dépasse pas 80 cm car la distance moyenne du rayonnement des tuyaux est de 40cm. La cuisson s’effectue en présence d’oxygène, d’où la couleur rouge des poteries, résultat de l’oxydation. Les tubulures étaient munies à leur partie supérieure de gros disques percés jouant soit le rôle de chapeaux de cheminée. Le tirage du four était contrôlé par l’obturation partielle de ces cheminées.

 

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