Gaule Romaine : Temples

Nicolas Prudhomme 14 août 2017 Commentaires fermés sur Gaule Romaine : Temples
Gaule Romaine : Temples

L’Epoque Gallo-Romaine – 125 avant J.C. au Ve siècle après J.C

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Les temples de tradition romaine


Ils s’inspirent des traditions romaines et sont souvent liés au Culte de l’Empereur.

 

Les temples de tradition celtique : origine du fanum


On retrouve cette expression chez les auteurs latins, mais recouvre des réalités différentes. On utilise actuellement ce mot pour désigner les temples de plan non classique par rapport au canon romain, comme par exemple les temples à galeries centrées d’inspiration celtique.

CONTENU

Reconstitution d’un fanum, type IIe siècle. Archéodrome de Beaune.

Reconstitution de la cella du fanum. Archéodrome de Beaune

L’entrée de la galerie et la cella. Archéodrome de Beaune.

Fondation d’un temple dédié au culte del’Empereur. Les Fontaines Salées.

Le sanctuaire des Fontaines salées. Il possède des thermes ainsi que des temples associés aux captages de sources d’eau salée et gazeuse.

Fondation d’un temple circulaire à galerie, de type celtique, daté du Ier siècle.

Diverses formes de temples de tradition celtique (fanum).

Cautes, un des deux dadophores, la torche à la main.

Relief mithraique représentant le taurobole

Autel de Mithra

La naissance de Mithra

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• Spécificité du temple de tradition celtique

Quels sont les liens entre les différents édifices d’inspiration celtique ? Ils sont tous constitués d’une cella entourée d’une galerie, placée dans une aire sacrée délimitée par un péribole, ce qui les différencie des temples classiques romains ou grecs. La galerie est peut être associée à un rite ambulatoire gaulois qui consiste à tourner autour de la divinité, rite décrit par Strabon. Ce type architectural n’est connu que dans le monde celtique. Notons qu’il n’existe pas dans le sud de la Narbonnaise.

Parmi les variantes de ces temples, certains ne présentent plus aujourd’hui de galerie, absence qu’il faut certainement attribuer à sa destruction due à l’utilisation de matières périssables. Certains sont précédés d’un vestibule ou d’un auvent (proanos) qui rappelle l’influence romaine. L’enceinte sacrée, qui est un enclos cultuel, permet de délimitée une aire spécifique dans laquelle peuvent coexister plusieurs temples.

• L’environnement des sanctuaires

Les sites occupent en général une position dominante, sur un site de hauteur (colline, bord de plateau, proéminence topographique). Les temples peuvent être associés à des agglomérations ou isolés, comme les sanctuaires dédiés à des sources. Des études palynologiques ont montré que ces temples n’étaient pas nécessairement en milieu boisé. Les sanctuaires sont souvent établis à distance des voies de communication importantes, mais il existe des contre-exemples.
Le sanctuaire est en général rarement le seul bâtiment. Dans de nombreux cas, il est associé à un théâtre, qui peut se situer à l’immédiate proximité de l’aire sacrée. Parfois même, des thermes existent également et forment un ensemble monumental complet, souvent hors contexte urbain. L’association de ces trois éléments (temples, thermes et théâtres) est relativement bien connue dans le centre-ouest de la Gaule. Dans certains cas, un quartier artisanal est associé aux sanctuaires. Établissements de potiers, de métallurgistes ou autres ont donc certainement été en relation avec ces ensembles.
Un même lieu ou une même agglomération peut abriter plusieurs sanctuaires.

• L’aire sacrée

L’aire sacrée (péribole) qui entoure les temples a dû être le lieu des cérémonies et de la pratique du culte. Cet espace est presque toujours enceint par un mur, une palissade ou un fossé. Dans la plupart des cas, la structure est maçonnée et de forme rectangulaire. L’entrée est située à l’est ou face au temple. Il en existe parfois deux. L’entrée peut être matérialisée par un porche, une structure monumentale, un dallage bordé de pilastres ou d’un portique, ou être beaucoup plus modeste.
La dimension varie de 15m à 100m en moyenne sur les sites observés.
Le mur d’enceinte est parfois desservi du côté interne par un portique, notamment dans les temples dépourvus de galerie. Cependant la présence et le positionnement du portique n’a rien de systématique.
L’aire cultuelle peut également abriter des bâtiments annexes. Il peut s’agir de lieux de stockage, de locaux d’hébergement, de chapelles voire de boutiques. Notons également parfois la présence d’un puits. Certains puits ont eu clairement une utilisation domestique. Mais l’association à des pratiques religieuses n’est pas exclue.
Il existe également des fosses, remplies de dépôts votifs ou de restes sacrificiels, protégés par un bouchon de pierre.
D’autres bâtiments sont en général présent et abrite des dépôts votifs et des offrandes.
Les autels associés au culte sont disposés en général devant le temple. Ils sont maçonnés.
Ils peuvent avoir une fonction d’apparat, cultuelle ou protéger une source.

Dans l’aire sacrée, le fanum occupe une position centrale sauf dans les cas où l’enceinte n’est pas contemporaine de la construction de l’édifice ou qu’il existait d’autres constructions, en matière périssable notamment.

Certains ensembles culturels n’abritent pas de cellae, mais sont clôturée par une enceinte associée à un portique. Il s’agit de lieux de culte construits à la fin du Ier siècle (cas des fontaines salées).

• Plan du temple

Il est à rappeler que le plan des temples a pu évoluer par des aménagements successifs. L’élément le plus caractéristique est l’existence d’une galerie :

Le temple à plan centré, muni d’une galerie
Il s’agit du plan “classique” constitué d’une cella et d’une galerie placée de façon concentrique. Il existe parfois un vestibule et la cella peut être double. La forme est souvent rectangulaire. Les temples sont souvent équipés d’une entrée monumentale (escalier et perron). Il existe également des constructions polygonales (octogonal le plus souvent), ou circulaire. La galerie ne suit pas toujours la forme de la cella (cella circulaire entourée d’une galerie polygonale par exemple).
Il existe des temples à double cella et à galerie (surtout dans le centre est). Un proanos (vestibule) peut desservir l’avant de la cella. Il s’agit alors d’un mélange d’inspiration celte et romain.

Les temples sans galeries
Ces édifices restent très rares et sont encore mal connus. Il est possible qu’un portique situé sur le côté interne de l’enceinte puisse servir de galerie ou que celle-ci ait été construite en matériaux périssables

Les sanctuaires à édifices multiples
Dans certains cas, il existe une enceinte sacrée protégeant plusieurs petits temples à cella simple, en général non contemporains.

• Architecture

Orientation
La majorité est orientée vers l’est. Les exceptions sont souvent dues à des problèmes topographiques (cours d’eau…) ou la réutilisation d’une structure antérieure. L’ouverture est matérialisée par la présence d’un seuil, d’un escalier ou d’une rupture de la construction.
Les matériaux utilisés sont en général de la pierre maçonnée. Dans de plus rares cas, les murs sont en pierres sèches et beaucoup plus rarement en terre, bois et autres matériaux périssables dans le cas de temples assez modestes. Les matériaux de la cella et de la galerie ne sont pas toujours semblables. Les murs maçonnés datent en général au mieux de l’époque augustéenne. Souvent les rangées de petits moellons calcaires alternent avec des rangées de briques, dessinant parfois des chevrons. Les fondations sont sur des sablières ou des lits de pierres maçonnés ou non.

L’élévation
C’est la partie la plus complexe à restituer. On se base aujourd’hui sur des hypothèses. On considère souvent la forme générale comme un ensemble à deux étages, avec un toit à simple pente pour la galerie et un toit à double pente pour la cella. La cella apparaît donc comme une tour, éclairée par des fenêtres. Le mur de la cella est en général plus épais, la galerie est tantôt fermée tantôt ouverte, pourvue d’un mur à parapet associé à une colonnade. La forme fermée semble assez rare. Les frontons ont pu exister au-dessus de la colonnade et de la cella. Le toit est en tuile en général à partir du milieu du Ier siècle.
La décoration, pour ce qu’il en reste, est constituée d’enduits muraux sur les murs internes de la cella et de placage de marbre.
Les aménagements internes sont constitués d’un autel disposé au centre ou au fond de la cella. Il existe également des cavités destinées à accueillir des dépôts votifs. Ces fosses sont parfois antérieures à la construction du temple.

 

Chronologie des sanctuaires


L’apparition des temples : ils apparaissent en général après la conquête romaine, fréquemment sur des sites abritant déjà un sanctuaire celtique, ou un enclos sacré. Le sanctuaire primitif est entouré d’un fossé en général ouvert à l’est, possédant une fosse centrale ou un foyer recouverts par un bâtiment à poteaux. Parfois ces sites n’étaient pas enclos mais il existait une structure bâtie en matériaux périssables associées à des dépôts votifs. Un grand nombre de sanctuaires ont été fondés à la seconde moitié du Ier siècle avant J.C. (en matière périssable, puis reconstruit au Ier siècle), les autres pendant le Ier siècle (emploi de la pierre), très peu après le IIe siècle ou le IIIe siècle.

Les sanctuaires ont été fréquentés pendant de longues périodes ; la destruction ou l’abandon des temples apparaissent vers le IVe siècle. Il est lié aux manques de moyens matériels ou financiers pour leur entretien mais aussi de la politique impériale : les Edits de Constantin ordonnent la destruction des temples alors que Julien débloquent des moyens financiers pour leur reconstruction. En 435, Valentinien III ordonne la destruction systématique de ces sites et il semblerait que cet édit soit suivi d’effet. Cependant il existe encore des temples en fonctionnement jusqu’au VIe siècle.

La nature sacrée des sites a généralement été respectée par la suite par la construction de chapelles qui intègre parfois des parties de ces édifices. Dans d’autres cas, ce sont des nécropoles qui sont installées. Dans d’autres cas le caractère sacré est totalement oublié : les bâtiments deviennent fortifications, habitats, entrepôts ou alimentent des fours à chaux et deviennent de véritables carrières.

 

Le mithracisme


Le mithracisme est un culte à mystère hérité de la tradition orientale. Il comprend notamment des rites d’initiation qui permettent aux fidèles d’êtres en communion avec Mithra et d’accéder à l’immortalité. Le culte est réservé aux hommes, il célèbre la lumière et la force et prône la défense du Bien dans l’action. Les grades d’initiés sont aux nombres de sept. Il a particulièrement attiré les populations de militaires. Elle est également véhiculée par les marchands (cas du vicus des Bolards, Côtes d’Or).

Il existe de nombreux sanctuaires connus, du IIe au IVe siècle. Le culte de Mithra, malgré son apparent orientalisme met en jeu les éléments de base de la religion et des croyances celtiques.

• Evolution du culte

L’évolution des tauroboles peut se découper en trois phases, s’étendant du II au IVe siècle après J.C.
Au IIe siècle, sous le règne des Antonins, le taurobole est intégré au mythe de Cybèle et dédié au salut de l’Empereur, ce qui facilite sa diffusion. Dans le deuxième quart du IIIe siècle, le rite est aussi associé au salut individuel ; enfin au début du IVe siècle, la cérémonie se déroule sur un plancher permettant de faire couler le sang du taureau sacrifié sur le prêtre.

• Architecture du sanctuaire

Il existe des sanctuaires bâtis de le IIIe siècle. La décoration de ces ensembles est en général assez riche, assurée par des peintures murales et un statuaire. Les divinités identifiées sont Attis et Cybèle, Bacchus, Mercure et Cérès.

Parmi les constantes architecturales de ces édifices, notons la présence d’une salle de culte enterrée et obscure (spelaeum), évocation de la grotte où le Dieu avait sacrifié le taureau ; l’espace est divisée en trois parties, avec une nef centrale bordée de deux larges banquettes latérales. Une niche en abside est également un élément assez fréquent.
Les mithraeum des régions germaniques sont, de plus, souvent dotés de foyers de cuisine, de puits et de bassins.

Les pièces cultuelles sont munies d’un plancher qui recouvre des fosses, muni d’une trappe d’accès. Ces dernières sont isolées de l’extérieur. Elles sont associées au culte taurobolique.

• Statuaire et représentations

Mithra est associé aux taurochtonies, symbolisé par la pelle à feu et le glaive, qui symbolisent les grades du soldat et du lion. Notons que l’association Mythra / Cybèle est quasi systématique.

Une abondante statuaire est associée au culte de Mithra. La principale mise en scène est celle du Dieu tuant le taureau (appelée taurochtonie). La victoire de Mythra sur les forces du mal est en général associée aux figurations du chien, du scorpion et du serpent.

Les deux assesseurs de Mithra, appelés dadophores (ils portent chacun une torche, levée pour Cautès – elle symbolise le printemps, la vie, la lumière – et baissée pour Cautopatès – elle illustre l’automne, la mort, le coucher du soleil). Ils sont en général représentés sous des traits humains, jeunes, coiffés d’un bonnet phrygien rouge et vêtus à l’orientale, avec une tunique longue resserrée par une ou deux ceintures sur un pantalon collant, drapés dans une cape fermée à l’épaule par une fibule.

Enfin notons la représentation courante du Temps sous forme d’un personnage à tête de lion, portant une clé, avec des serpents à crêtes enroulés sur chacune de ces jambes (Aiôn, l’infini, Chronos-Saturne, le vorace, Ahriman, Dieu des Ténèbres). La clé évoque Janus. Le lion est le quatrième degré initiatique du culte mithraique.

 

Quelques autres pratiques cultuelles


Les inscriptions votives. Il en existe sur les autels, les socles de statues, ou sous formes de dédicaces sur des plaques métalliques. Il en existe aussi sur de la vaisselle, métallique, des tuiles, de la céramique, des statuettes ou des objets symboliques comme des ex-voto anatomiques.

Les dépôts monétaires. Les dépôts monétaires sont aussi connus. Ils ont parfois été frappés expressément pour l’occasion.

Les sacrifices. Parallèlement, il existe des sacrifices alimentaires ou d’animaux. Le sacrifice par un prêtre est la formule la plus courante. Il n’existe pas de témoignages écrits, les seuls connus dénonçant des sacrifices humains, qui se seraient prolongés jusqu’au début du Ier siècle ! Porcs, moutons, chèvres, boeufs. Les quartiers sont parfois placés dans des fosses sacrificiels, fermées d’un bouchon de pierre. Il pourrait s’agir, selon le rituel romain, de sacrifice aux divinités infernales.

Le dépôt de figurines. Le dépôt de figurines apparaît au Ier siècle, et se développe en même temps dans les nécropoles. La Venus anadyomène est le sujet le plus fréquent ; il existe aussi des représentations divines de Mars ou des animaux (coqs, sangliers..) peut-être substitut d’offrandes animales. Les représentations en bois sont peu conservées ; les seules qui subsistent proviennent des bassins ou des sources. Aux sources de la Seine, on les trouve associées à des ex-voto anatomiques.

Les ex-voto anatomiques. Les ex-voto anatomiques sont répandus à partir du Ier siècle, peut être produits par des artisans locaux comme semble le montrer l’homogénéité des séries. Ils sont parfois associés à des sanctuaires de divinités guérisseuses. Il existe aussi des tables en cire et des tablettes en bois peint. Remarquons qu’en général, la nature du voeu associé à l’ex-voto n’est pas connue, souvent limitée à la formule Votum solvit Libens Merito (s’est acquitté de son voeu de plein gré et bon droit). Il s’agit en général de souhait de santé (pour l’Empereur, soi-même ou sa famille, pour le bétail), de succès professionnel ou commercial, de l’éloignement d’un danger, ou de demande de protection pour un voyage.

La consécration d’outils ou d’armes miniatures. La consécration d’armes disparaît à la fin du Ier siècle, avec la pacification menée par Auguste ; on observe alors une miniaturisation des pièces : épées, boucliers, lances serait peut être une coutume qui se substituerait à la précédente.

 

Le clergé dans les temples de la Gaule


Le prêtre porte le nom de flamen ; il organise les sacrifices. Le prêtre municipal, le sacerdos, est attaché au culte impérial. Haruspices et Augures devaient également officiaient dans les grands sanctuaires. Les charges druidiques sont parfois reconduites. Les représentants des agglomérations, les vicani, ont également laissé des inscriptions qui témoignent de leur fonction.

Les objets du culte sont constitués de patères, d’aiguière, de couteaux de sacrifice, de haches, de vaisselle dédiée, et d’instruments de musique.

 

 

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