Haut Moyen-Âge : Sépultures

Nicolas Prudhomme 29 mai 2017 Commentaires fermés sur Haut Moyen-Âge : Sépultures
Haut Moyen-Âge : Sépultures

Le Haut Moyen-Âge – Ve à IXe siècle après J.C.

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Les nécropoles : localisation et organisation


Dans les époques précoces, les nécropoles se trouvent en dehors des murs de la ville, assez éloignées des habitations, comme dans les traditions romaines et germaniques persistantes. Les tombes deviennent majoritairement à inhumation (la crémation est interdite par l’Eglise dès le VIIIe siècle).
Les tombes sont en général orientées est-ouest (ou sud-nord dans de rares cas…), la tête du défunt tournée vers le soleil levant. Notons que la direction est-ouest a été également utilisée par les païens du Bas-Empire, ce qui rend difficile l’association d’un culte à une sépulture.

CONTENU

Crâne provenant d’une tombe mérovingienne. L’étude par des spécialistes (anthropologues, médecins légistes…) permet d’identifier notamment le sexe, la taille, le poids, les maladies potentielles, les causes de la mort et de mieux appréhender l’époque concernée.

Tombes du Haut Moyen-Âge creusées dans la roche (Buoux, Vaucluse)

Tombes du Haut Moyen-Âge creusées dans la roche (Buoux, Vaucluse)

Plan d’une nécropole mérovingienne, Ve- VIIe siècle.

Sarcophage mérovingien du VIIe siècle, de type Bourguigno-Champenois. Couvercle en anse de panier, stries parallèles encadrée par un bandeau lisse, sur les parois de la cuve et du couvercle.

Divers symboles chrétiens ornant les sarcophages de pierre

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Les tombes sont souvent organisées dans la dimension horizontale (alignement en rangée), mais aussi verticale (réutilisation d’anciennes tombes qui impose l’empilement d’ossements sur le sarcophagepar exemple). Plus tardivement et sous l’impulsion du Christianisme, le village mérovingien se voit doté d’une église, entourée de son cimetière, financés par le seigneur (qui en outre à la charge de nommer le curé). Le cimetière devient alors un élément intégré au monde des vivants.

Ainsi, vers 800, chaque village finit par avoir sa propre église et son cimetière. Les paroisses se constituent, correspondant souvent en surface au domaine du potens. La christianisation est alors en phase terminale.

 

Les rites d’inhumation


La christianisation n’est pas toujours observable par les rites funéraires, car d’une part, les chrétiens étaient enterrés avec du mobilier et des offrandes jusqu’à une période tardive et d’autre part parce que les païens pratiquaient aussi l’inhumation. Il est donc difficile d’établir une typologie chrétiens/païens à partir des rites d’inhumation.

Les dépôts de mobilier, fréquents au IVe siècle, disparaissent au début du Ve siècle. Ces derniers réapparaissent à la fin du Ve siècle sous forme modifiée : les défunts étant enterrés habillés, les accessoires sont souvent de type vestimentaire. Cette coutume disparaît au VIIIe siècle, les défunts de l’époque carolingienne étant inhumés dans de simples linceuls.

Le dépôt de mobilier funéraire est généralement sexué (armes pour les hommes, bijoux pour les femmes), et hiérarchique (tombes de chefs riches de mobiliers). Notons que contrairement à ce que l’on peut imaginer (d’après les vitrines des musées !), le mobilier luxueux demeure extrêmement rare.

Les coutumes romaines persistent relativement longtemps (oboles à Charon, qui consiste à placer une pièce dans la bouche du défunt ; insignes de commandement imités de ceux des militaires romains ; provisions alimentaires et mobiliers funéraires).

Il existe diverses formes d’inhumation : elles peuvent se faire dans un coffre en bois, en pleine terre (ou dans la roche creusée), dans des caissons de pierre ou en sarcophage de pierre ou de plâtre. Les sarcophages étaient enfouis en terre, invisibles de l’extérieur ; cette tradition romaine se maintient durant le VIe siècle et s’accentue au VIIe siècle.

Au sein de la nécropole, la position des sarcophages était repérée par une stèle. Les cas de réemploi de tombes ou de sarcophage sont fréquents.

 

Les inhumations en sarcophage


Les inhumations en sarcophage proviennent d’un usage hérité de l’empire romain. Dans le Bassin Parisien, les sarcophages de marbre, assez rares, étaient importés du midi. Les sarcophages de pierre restent les plus nombreux. La majorité épouse une forme trapézoïdale, avec un couvercle en bâtière.

Une typologie des sarcophages, par les décors et le style, a pu être établie :

style bourguigno-champenois (forme trapézoïdale prononcée, couvercle bombé, intérieur évidé, ornementation par des sillons parallèles horizontaux dans un encadrement pour les parois longitudinales et le couvercle; les panneaux d’extrémités sont marqués de stries en zig-zags ou de croix en sautoir)
style sénonais (cuves de formes trapézoïdales moins prononcées, avec un décor de stries en arêtes de poisson, sur les parois longitudinales et un motif de palmier crucifère -l’Arbre de Vie- accosté de deux croix pattées sur fond hachuré),
style nivernais (croix multiples en relief)…

 

Les sarcophages en plâtre du Bassin Parisien


Dans le Bassin Parisien, il existe aussi des sarcophages en plâtre moulé, réalisés avec du gypse (milieu du VIe siècle). Le matériau est coulé dans un double coffrage en planches. Certaines de ces planches, décorées, servaient de moules, qui apparaissaient ensuite sur les panneaux des extrémités. Le moulage était plus économique et plus rapide que la taille de la pierre. Les mêmes décors ont en général servi à plusieurs reprises.
Le répertoire décoratif est d’une part inspiré de motifs chrétiens (croix latines, chrismes, colombes, croix grecques, palmes), et parfois profanes (scènes zoomorphes ou anthropomorphes, géométriques, rosaces, rouelles, étoiles). Le cartouche est souvent composé de croix (monogrammatique, évolution du monogramme constantinien), accompagnées de l’alpha et de l’oméga, d’une étoile ou d’une croix grecque.

 

Un cas spécifique : les tombes des « chefs »


A la fin du Ve siècle, le mobilier funéraire réapparaît ; dans les rares tombes de « chefs » ou de « roitelets », son usage semble imiter les usages royaux ou princiers. Quelques tombes de ce type ont livré des mobiliers très riches, comme celui du père de Clovis, Childeric, mort en 481 à Tournai. Le mobilier se compose en général d’une épée longue dont la poignée est couverte de plaques d’or et d’orfèvreries. Dans certains cas, elle est associée à un bouclier mais aussi à des plaques boucles et fermoirs cloisonnées d’or très décorées.

 

L’époque carolingienne


A l’époque carolingienne, l’inhumation en sarcophage disparaît, ainsi que l’ordre établi dans les cimetières. Les tombes s’accumulent, se bouleversant les unes les autres. On ne trouve plus de mobilier funéraire associé.

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